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Dominique Andrey, Président ASHSM/SVMM

Dominique Andrey, Président ASHSM/SVMM

L’«Affaire des colonels» nous ramène à un épisode bref mais intense de notre histoire politico-militaire, durant la Première guerre mondiale : deux hauts gradés de l’armée furent accusés et condamnés pour avoir transmis des informations aux Puissances centrales, violant par-là la neutralité de la Suisse et avivant des tensions internes entre Romands et Alémaniques. Le brigadier Fritz Stoeckli, bien au fait des processus d’état-major, féru d’histoire militaire, précis et factuel comme l’est un scientifique, a su repositionner l’affaire, compiler ce qui a déjà été dit et écrit, et compléter la chose par des éléments d’archives inédits. J’ai eu beaucoup d’intérêt voire de plaisir à lire ce livre, et n’ai pu m’empêcher de faire des extrapolations que la rigueur intellectuelle de Fritz Stoeckli lui avait interdites. Peut-être en ira-t-il de même pour ceux qui s’y plongeront aussi…

… où l’on ne pratiquait manifestement pas encore la « conduite par objectifs » !

… où la reconnaissance, les enseignements et les directives se mêlent à une dose de patriotisme et à un brin de paternalisme !


L’Histoire, c’est la relation, l’analyse, la mise en perspective de faits passés. Elle permet aussi – ou pour le moins devrait permettre – d’aider à comprendre le contexte dans lequel évolue le monde présent. Ce contexte est le résultat d’une cascade de faits et d’événements, avec leurs conséquences. Les faits passés qui doivent nous intéresser sont aussi bien ceux d’hier que d’avant-hier ou d’il y a longtemps. Mais ces cascades (comme les chutes d’eau dans la nature) suivent un cours parfois marqué de soubresauts, si ce n’est l’écoulement irrémédiable du temps (respectivement l’effet de la gravité) ; c’est l’étude de ces changements de cours qui est intéressante.

Chez les anciens Grecs, Clio était la Muse de l’histoire ; elle chantait le passé des hommes et des cités, en glorifiant leurs hauts-faits. Cette invocation et cette relation exclusive des hauts-faits se sont longuement prolongées, notamment au XIXème siècle avec la montée des nationalismes puis jusqu’à des époques récentes : ce mélange de faits avérés et d’enluminures presque mythologiques donne une vision orientée, partiale et donc partielle de l’histoire d’un pays. Depuis le XXème siècle, on vise à atteindre une meilleure mise en perspective des faits, dans le contexte de l’époque où ils se sont déroulés ; il en ressort une relativisation des soi-disant exploits, une analyse des influences du contexte et une présentation plus objective des conséquences.